Conduite generale du rucher

Une colonie d’abeilles est généralement constituée d’une reine, de 15 000 à 60 0 0 0  ouvrières et de quelques dizaines à 1 0 0 0  mâles ou faux bourdons, suivant les saisons et selon la race, les qualités génétiques et l’âge de la reine.

 

En pleine saison de miellée et de pollinée, une forte colonie est constituée en moyenne de : 1 reine, 600 mâles, 20 000 butineuses, 40 000 nourrices et abeilles d’intérieur, 10 000 larves à nourrir, 6  000 oeufs, 25 000 larves operculées. 

D’après Weiss (1972), les colonies d’abeilles carnioliennes construisent naturellement environ 13 % de cellules de mâles et leur reine pond de 7 à 8  % d’oeufs mâles. Cependant les ouvrières détruisent une partie du couvain mâle au stade nymphal. En général, chez A. mellifera,  une colonie équilibrée ne doit pas contenir plus de 1 à 2 % de mâles. Dans les colonies sauvages, les mâles sont un peu plus nombreux que dans les colonies domestiquées du fait que, dans ces dernières, on n’offre à la reine que des cellules d’ouvrières dont quelques-unes seulement sont élargies par les ouvrières aux dimensions de cellules de mâle. 

 

La fonction d’une reine fécondée est de pondre plusieurs centaines d’oeufs par jour, dès que les conditions climatiques sont favorables, c’est-à-dire lorsque les ouvrières peuvent récolter du pollen. La reine peut pondre sans interruption.  Elle dépose un oeuf au fond de chaque alvéole. 

 

Les ouvrières sont issues d’oeufs fécondés. Elles sont donc génétiquement diploïdes.  Les oeufs non fécondés donnent naissance à des mâles. Ces derniers sont donc haploïdes.  Cependant, exceptionnellement, comme l’a montré Woyke (1963), les mâles peuvent être diploïdes lorsqu’ils sont issus d’oeufs fécondés comportant deux allèles identiques. Ces mâles ne sont pas viables, car ils sont détruits à l’état de jeunes larves par les ouvrières.

 

En protégeant ces jeunes larves, on peut obtenir des mâles diploïdes adultes. Des allèles identiques sont nombreux dans le cas d’une forte consanguinité où l’on note dans le couvain d’une reine bonne pondeuse jusqu’à 25 % de cellules vides correspondant aux larves de mâles diploïdes supprimées. 

Ces colonies très consanguines sont rares puisqu’elles sont faibles, et par conséquent disparaissent (Louveaux, 1980). Les mâles diploïdes sont pratiquement stériles (Chaud-Netto et Kerr, 1978).  Tout oeuf fécondé peut devenir une reine si, depuis l’éclosion et durant toute la période de son développement, la larve ne reçoit en nourriture que de la gelée royale.

Certains auteurs ont émis l’hypothèse qu’il devait exister dans la gelée royale une substance ou principe différenciant la larve de la reine; cependant l’ensemble des études menées jusqu’à présent semble indiquer qu’un tel principe n’existe pas et que c’est plutôt la teneur en sucre de la nourriture, durant les premiers jours larvaires, qui déclenche le taux d’absorption de nourriture, et qui pourrait ainsi être le facteur primordial de la différenciation des castes (Beetsma, 1979).

 

Si, environ à partir du troisième jour après leur éclosion, les larves reçoivent de la nourriture ordinaire composée de pollen et de miel, elles donnent naissance à des ouvrières ou à des mâles. Il s’écoule de 20 à 22 jours entre la ponte et la naissance d’une ouvrière, de 23 à 25 jours entre la ponte et la naissance d’un mâle, et de 14 à 16 jours entre la ponte et la naissance d’une reine. 

 

Les fonctions des ouvrières sont multiples. Dans leur jeunesse, elles restent dans la ruche et s’occupent entre autres, de la construction des bâtisses, du nettoyage des alvéoles après la naissance des abeilles, de la nourriture des larves, de l’accumulation des réserves de miel et de pollen, de la transformation dans leur jabot du nectar et du miel, etc...

 

Outre leur rôle essentiel dans la fécondation des reines, les fonctions secondaires des mâles sont encore imprécises : ils ne butinent pas, ne possèdent ni de corbeilles à pollen, ni de glandes cirières, ni celles de Nasanov, ni de glandes à venin. Le mâle est une abeille spécialisée à l’extrême; ses organes sexuels, en proportion des dimensions de son corps, sont plus volumineux que ceux de la plupart des animaux. 

 

En ce qui concerne la longévité, une étude de 10 années menée par Bozina (1963) en région à hiver froid, à montré qu’environ 50 % des reines vivent seulement 1 à 2 ans, 30 à 45 % de 4 à 6  ans et quelques-unes jusqu’à 8  ou 9 ans.  Chauvin (1976) cite une longévité exceptionnelle d’une reine de 10 ans. 

 

D’après Fyg (1956), on peut évaluer grossièrement l’âge d’une reine par le degré de calcification des fibres musculaires de la valvule vaginale, qui chez les jeunes reines est flexible et transparente, mais prend l’aspect blanc laiteux chez les reines de 1  à 2  ans, et blanc de chaux chez les plus âgées. 

 

La longévité de l’ouvrière varie selon la saison. En période d’activité, la durée de sa vie n’est que de 28 à 40 jours; en période de repos, elles peuvent vivre jusqu’à 6  mois. 

La longévité des ouvrières n’est pas sous la dépendance principale de leur somme d’activités comme on le croit généralement : Maurizio (1956) a montré que les facteurs primordiaux, responsables de la longue vie des ouvrières, sont une nutrition pollinique adéquate des jeunes abeilles et l’absence d’élevage de couvain explique ainsi la longue vie des ouvrières en hiver froid, ou de celles d’une ruche d’observation (qui contient toujours peu de couvain), ou encore des ouvrières orphelines. 

 

Nous avons pu observer, en 1974, la longévité d’ouvrières orphelines : ayant récolté au début d’avril, dans la cheminée d’un voisin, un essaim de plusieurs kilos dont la reine avait dû être tuée accidentellement, nous l’avons installé dans une ruche avec cadres garnis non bâtis; en juin, tous les cadres étaient bâtis et les ouvrières avaient récolté environ 2 0  kilos de miel ; un grand nombre d’abeilles vivaient encore vers le 15 juin; par conséquent un grand nombre d’entre elles avait vécu au moins 75 jours, durée exceptionnellement longue pour une période d’activité intense.  En résumé donc, les abeilles qui viennent de naître ainsi que celles qui sont OU  âgées de quelques jours mangent beaucoup de pollen, nourriture qui développe leurs glandes pharyngiennes et leurs tissus adipeux.

Ce développement est indispensable pour leur assurer une longue vie. Des abeilles bien nourries au cours des dix premiers jours de leur vie peuvent vivre jusqu’à six mois si elles n’élèvent pas de couvain. Mais leur longévité est réduite d’un nombre de jours d’autant plus élevé qu’elles élèvent plus de couvain. Les vieilles abeilles ne mangent plus de pollen et ne se nourrissent que de miel.

 

D’après Mauermayer (1954), dans les derniers jours de leur vie, les butineuses travaillent avec autant d’ardeur qu’au début de leur vie de récolteuse, et leur mort intervient subitement. Le même auteur signale que des recherches cytologiques, faites par Weyer en 1932, ont montré que le cerveau des vieilles abeilles restait intact, mais que la dégénérescence de leurs cellules ganglionnaires se produisait juste avant leur mort, sans transition apparente. 

 

On croit généralement qu’après avoir piqué et perdu leur dard, les ouvrières  meurent rapidement. Il est vrai que plus elles sont âgées, plus vite elles meurent après avoir perdu leur aiguillon. Cependant, Haydak (1951) a montré qu’en moyenne, elles ne meurent que quatre jours et demi après la séparation de l’aiguillon et que parfois de jeunes abeilles vivent jusqu’à 19 jours sans leur dard.

 

L’élevage du couvain de mâles commence au printemps plus tard que celui des ouvrières; nés au printemps, les mâles vivent jusqu’à 60 jours; nés en été, ils ne vivent que de 15 à 40 jours.

 

A la fin de l’automne, les ouvrières les empêchent de se nourrir; ils s’affaiblissent et sont ensuite traînés hors de la ruche, où ils périssent. Il semble que ce soit le manque de pollen qui détermine l’extermination des mâles par les ouvrières. 

 

D’après Levenets (1956), le processus d’expulsion des mâles est le même chez toutes les races d’abeilles domestiques (Apis mellifera) :  d’abord les mâles sont mis à l’écart du nid sur les rayons extérieurs, ensuite sur les parois internes de la ruche, enfin sur le plateau inférieur, avant d’être expulsés à l’extérieur. Dans le maquis méditerranéen, l’expulsion des mâles a généralement lieu en décembre, après la miellée et pollinée de l’arbousier, lorsque les apports de pollen cessent. 

 

Certains manuels d’apiculture préconisent de supprimer le couvain de mâles et d’installer des pièges à mâles à l’entrée des ruches. Cette pratique n’est pas justifiée, car la proportion de mâles dans une colonie normale n’est pas excessive pour les besoins d’accouplement des reines.

 

La durée totale du développement depuis l’oeuf n’est pas rigoureusement fixe, elle dépend de la température au niveau du couvain. Ainsi en région chaude, la durée de la métamorphose est plus courte. Des études précises réalisées par Harbo et Bolten (1981) ont montré que la température optimale pour l’éclosion des oeufs est de 35C°.

A cette température, il s’écoule environ 70 heures entre la ponte et l’éclosion. Déjà à 40C°, l’éclosion est réduite à 1 %. Les oeufs mâles éclosent environ 3 heures après les oeufs femelles. En moyenne, l’évolution depuis l’oeuf jusqu’à l’imago et la durée de vie des adultes se réalisent dans les laps de temps connus.

 

Une cellule (alvéole) contient, pleine, 0,4 gramme de miel; la cire gaufrée, préparée pour les abeilles européennes, compte 420 cellules au décimètre carré sur une face ; une feuille de cire Langstroth de 42 par 20 centimètres compte donc environ 7 000 alvéoles sur les deux faces, et une hausse à 10 cadres pleine de miel complètement operculé peut contenir environ 25 kilos de miel; 5 cadres de couvain operculé dont la moitié des cellules contient des nymphes, donnera naissance dans les 12 jours à plus de 30 000 ouvrières. 

 

Certaines abeilles d’Afrique tropicale (A.m. andansonii  et scutellata)  sont nettement plus petites que les abeilles européennes. On en compte environ 15 000 par kilogramme contre 10 000 pour celles d’Europe. De ce fait, pour leur élevage, on recommande des feuilles de cire gaufrée de 1 0 0 0  amorces de cellules au décimètre carré.  Enfin, il est utile de noter que la viabilité des larves et des oeufs en dehors de la colonie est très courte. Weiss (1960) rapporte que des oeufs en alvéole hors de la ruche ne vivent pas plus d’un jour en moyenne, que les oeufs de 2  jours résistent plus longtemps (1  à 2  jours) et que la meilleure température pour leur survie serait de 18C°. D’après Morse (1975), de jeunes larves qui ne reçoivent pas de soins des ouvrières pendant 10 à 15 minutes, commencent déjà à mourir de faim...

 

 

 

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