Ruches et ruchers

Si on dispose de peu de place au rucher, on peut poser les ruches côte à côte, en rangs droits et très près l’une de l’autre dans le rang. Cependant, trop rapprochées, les ruches présentent les inconvénients de rendre les manipulations difficiles, et de provoquer la dérive.

 

Si on dispose de beaucoup de place, le mieux est de laisser au moins un mètre entre deux ruches dans le rang.  La dérive consiste en l’erreur commise par les abeilles de rentrer dans une ruche voisine, par manque de possibilité pour elles de repérer une différence d’emplacement. La dérive peut être néfaste et abaisser sensiblement le rendement d’un rucher si des colonies relativement faibles perdent leurs ouvrières à l’avantage des colonies fortes.

 

En temps de miellée, les abeilles qui dérivent sont acceptées par les ruches voisines, ce qui augmente le rendement de ces dernières dans une proportion plus faible que ne décroît celui des ruches désertées. En temps de disette, les ouvrières qui s’égarent dans des ruches étrangères sont ordinairement tuées. Pour éviter la dérive, si les ruches sont très proches l’une de l’autre, on conseille de les ranger en arc de cercle ou en groupes irréguliers, ou encore de varier la couleur de la peinture d’une ruche à l’autre. 

 

L’écartement entre les rangs sera au moins de 5 à 6  mètres pour éviter à l’apiculteur les attaques possibles des abeilles du rang précédent. Cela permettra aussi le passage éventuel d’un véhicule à quatre roues, tracteur ou camionnette.

 

Nombre de ruches par rucher

Le nombre de ruches à installer dans chaque rucher varie considérablement avec la quantité de nectar et de pollen se trouvant à portée des abeilles au cours des saisons de récolte, c’est-à-dire que ce nombre dépend de la flore locale et des quantités et qualités des plantes mellifères et pollinifères de cette flore.

 

Plusieurs chercheurs, et en particulier Von Frisch (1977) ont minutieusement étudié le comportement des abeilles butineuses. Il a été démontré que, dans la majorité des cas, les ouvrières récoltent dans un rayon de 2  kilomètres autour de la ruche, et en général moins loin si la nourriture est abondante.

En vol, les abeilles dépensent de l’énergie, et plus loin elles doivent chercher leur nourriture, plus elles doivent se nourrir avant d’entreprendre leur vol, et plus de temps elles mettront pour faire un voyage.

D’après Von Frisch (1977), la butineuse peut voler à la vitesse de 23 à 30 kilomètres à l’heure. Pour parcourir quatre kilomètres aller-retour, l’ouvrière a donc besoin d’environ neuf minutes; pour parcourir deux cents mètres aller-retour, elle a besoin de moins d’une minute.

 

Dans le premier cas, elle mettra donc neuf fois plus de temps que dans le second pour ramener la même quantité de nectar ou de pollen. Il est donc évident que, du point de vue rentabilité, il faut installer les ruches le plus près possible des sources de nectar et de pollen, et en nombre tel qu’il y ait de la nourriture en abondance pour «tout le monde».

 

On estime qu’en climat à hiver doux et été chaud, une forte colonie consomme DU en un an jusqu’à 50 kilos de miel et 40 kilos de pollen. L’excédent de cette consommation de miel constituera donc le rendement de la ruche.

 

Dans les régions à flore mellifère naturelle, le nombre de ruches à ne pas dépasser par rucher n’est pas facile à déterminer. Là où la flore mellifère est très pauvre, deux ou trois ruches par rucher est un nombre suffisant. C’est le cas de beaucoup de ruchers d’amateurs dans les petits pays industrialisés du nord de l’Europe.  Là où la flore mellifère est très riche, le rucher peut compter un nombre de colonies que nous calculons de la manière suivante : si l’on admet que le rayon d’action très rentable des butineuses est d’un kilomètre, ces dernières pourront visiter environ 300 hectares; en supposant que cette superficie soit plantée d’essences mellifères capables de donner 20  kilos de miel par an à l’hectare, chiffre qui représente une faible moyenne, et que l’objectif de l’apiculteur soit que chaque ruche ait un rendement minimum de 50 kilos, en plus des 50 kilos au maximum consommés en un an par la colonie elle-même, on peut théoriquement s’assurer cette bonne récolte en installant 60 ruches au même endroit.

 

En général, dans une région où la flore naturelle est très abondante en plantes mellifères perennes, et constitue un couvert végétal continu, compte tenu de la perte de temps par butinage à longue distance, il est à conseiller, en apiculture sédentaire, de poser au maximum 50 ruches par rucher. Ainsi, chaque ruche disposera théoriquement d’une aire de butinage de 6  hectares, à relativement faible distance. Si le couvert de plantes mellifères perennes n’est pas continu, mais cependant abondant, nous conseillons de ne pas dépasser le nombre de 25 colonies par rucher, mettant ainsi à la disposition de chacune une douzaine d’hectares.

 

En apiculture de transhumance, en l’absence de contrat de pollinisation, les ruches sont ordinairement disposées par ruchers de 40 à 100 ruches dans des cultures à très haut rendement en nectar. Dans le cas de transhumance en vue de la pollinisation, le nombre de ruches par hectare est déterminé par contrat entre l’apiculteur et l’agriculteur, et varie d’une culture à l’autre, générallement entre 2 et 10 colonies, exceptionnellement 20.

Dans la fixation de ce nombre, la capacité pollinisatrice des abeilles intervient plus que les capacités nectarifères et pollinifères de la culture à polliniser et l’apiculteur doit être rémunéré par l’agriculteur en proportion du service qu’il lui rend. Les colonies sont déposées au milieu des cultures à polliniser et maintenues pendant toute la floraison qui peut durer de 10 à 30 jours selon le type de plante. Au cours de cette courte période, lorsque la plante cultivée est très mellifère, ce qui est souvent le cas, par beau temps, chaque colonie forte peut récolter de 25 à 100 kilos de miel.

 

Distance entre les ruchers

Plusieurs chercheurs ont observé que les butineuses peuvent s’écarter jusqu’à 6  kilomètres du rucher et exceptionnellement plus loin, lorsqu’elles ont découvert à cette distance une source très importante et surtout très attractive de nectar, par exemple un champ de colza ou un verger de pêchers en fleurs.  Pareil éloignement est une exception. Nous savons que les abeilles récoltent généralement dans un rayon inférieur à 2  kilomètres du rucher. Par conséquent, la distance entre les ruchers sédentaires doit être au minimum de 4 kilomètres quel que soit le couvert végétal et le nombre de ruches par rucher.

 

Par contre, en apiculture de transhumance, dans le cas de cultures hautement nectarifères telles que celles du robinier et du colza d’hiver qui rapportent plus de 100 kilos de miel à l’hectare, la distance entre les ruchers

de 60 colonies peut être réduite à un kilomètre, voire à 500 mètres.

Dans le cas de contrat de pollinisation avec l’agriculteur, la distance entre les ruchers est ou devrait être mentionnée dans le contrat. En général, cette distance est d’environ 200 mètres et les ruchers sont le plus souvent de 5 colonies ou un peu plus, selon les besoins de la culture à polliniser.

 

 

 

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