Le Miellat

Le nectar n’est pas la seule matière première naturelle que les abeilles utilisent pour fabriquer le miel.

Dans certaines régions, elles utilisent aussi largement le miellat. Ce dernier est un liquide sucré, excrété par certains insectes et principalement des coccides (cochenilles), pucerons et psylles, suceurs de jeunes pousses et de feuilles.

 

Sur certaines plantes, au début de l’été, la population de ces insectes s’accroît très rapidement, et le miellat excrété de leur abdomen peut recouvrir une grande partie de la plante, surtout les feuilles sur lesquelles ils se nourrissent. 

 

Les études de base sur la production de miellat sont très récentes, et n’ont réellement débuté qu’après 1940, surtout dans les pays de langue allemande. Les miellats les plus connus d’Europe centrale sont ceux des conifères.

Des cochenilles et pucerons se nourrissant sur les épicéas et sur le sapin blanc permettent d’importantes miellées, surtout sur ce dernier, jusqu’à 100  kg de miel par ruche, mais en moyenne de 40 à 60 kg par hectare de conifères.

 

Selon Rietschel (1951), dans certaines régions d’Europe centrale, deux pucerons (Chaetophorinus coracinus et Chaetophorella aceris ) ont une certaine importance en apiculture pour l’abondance de miellat qu’ils produisent sur les érables (Acer platanoïdes). 

 

En France, le miellat produit par le puceron Cinara pectinatae  sur un sapin (Abies pectinata)  sèche rapidement pour prendre sur les aiguilles, l’aspect de sucre que l’on appelle «manne de Briançon».

 

En Grèce, un pourcentage élevé de la production de miel provient du miellat de la cochenille Marchalina hellenica,  parasite des pins dans les pays de la Méditerranée orientale. 

 

En Nouvelle-Zélande, le miellat produit par la cochenille Ultracoelostoma assimile, sur l’écorce du bouleau néo-zélandais (Nothofagus solandri),  constitue une importante source de miel dans le nord de l’île méridionale.

Dans cette région, il est courant qu’une colonie produise de 50 à 100 kg de miel de ce miellat en une saison.

 

On estime que ce miellat pourrait donner 3 000 tonnes de miel. En 1979, le nombre très faible de ruches permettait d’en récolter seulement 300 à 400 tonnes.

 

En outre, des miellats sont récoltés par les abeilles sur certaines céréales et d’autres graminées, sur les tilleuls, les ormes, les pruniers, poiriers, noisetiers et sur certains chênes.

 

En Catalogne, nous avons observé certaines années le miellat excrété par des pucerons sur les feuilles du chêne-liège. Ce miellat est parfois abondant en juin et juillet et donne aux feuilles un aspect très luisant. Étant donné que le climat de cette région est souvent très sec, fin juin et en juillet, l’eau de miellat s’évapore rapidement.

 

Les abeilles ne le récoltent que tôt le matin, lorsqu’il est encore liquide.  A l’échelle mondiale, il existe plusieurs centaines d’espèces d’insectes producteurs de miellat, mais seules quelques dizaines produisent un nectar récolté par les abeilles. Dans les forêts d’Europe centrale, Kloft (1966) a dénombré 13 espèces de coccides, 66  espèces d’aphides (pucerons) et 7 espèces de psylles producteurs de miellat.

 

Dans les régions à été pluvieux, cette production n’est pas régulière, car les pluies peuvent dissoudre et emporter les miellats, et les années où les pluies sont rapprochées, ceux-ci sont presque absents. Dans les régions à climat sec, la production de miellat est plus régulière. 

 

Les insectes grands excréteurs de miellat ont la capacité d’ingurgiter une quantité énorme de sève élaborée, laquelle contient de 10  à 20  % de sucres, et certains absorbent en une heure une quantité supérieure à leur poids. 

Il va de soi que ce volume de nourriture n’est pas assimilé entièrement ; ces insectes sont dotés d’un organe appelé chambre filtrante, établissant un court-circuit entre l’intestin antérieur et postérieur; ainsi le miellat est le liquide qui prend ce raccourci.  D’autre part, les coccides et aphides producteurs de miellat possèdent des ascomycètes vivant en endosymbiose dans leur lymphe. Ces dernier ont la propriété de convertir les déchets, comme l’urée et l’acide urique et de purifier ainsi le miellat des résidus de la digestion. Il faut préciser que ces insectes, qui se nourrissent uniquement de sève, très pauvre en matières azotées, doivent donc en ingurgiter une grande quantité, tout en rejetant une grande partie de l’excédent d’hydrates de carbone (sucres), pour avoir un rapport carboneazote équilibré dans leur alimentation. 

 

Souvent, les miellats récoltés par les abeilles donnent d’excellents miels qui ne cristallisent pas rapidement. Mais il existe des exceptions notoires lorsque le miellat contient un haut pourcentage d’un sucre spécifique, le mélézitose.  Ainsi d’après Gordach (1952), les miels de miellats suivants cristallisent rapidement du fait de leur pourcentage élevé en mélézitose : larix : 53 %; pin Douglas (Pseudotsuga taxifolia)  : 75-83 %; peupliers (Populus  spp.) et tilleuls (Tilia spp.) : 40 %; Tamarix ischia  : 70 %.

 

Ces miellats, surtout produit par des lachnides, peuvent cristalliser sur les feuilles et sont alors connus sous le nom de mannes. La manne dont il est parlé dans la Bible, serait celle produite sur le tamarix par une cochenille (Coccus maniparus). 

 

Les butineuses récoltent les miellats riches en mélézitose, seulement lorsqu’il n’est pas encore cristallisé. Les abeilles ne peuvent digérer que le mélézitose en solution, grâce à une enzyme produite dans leurs glandes salivaires et dans leur intestin. Toujours selon Gordach (1952), en automne et en hiver, elles ne produisent plus cet enzyme, et de ce fait, si à ce moment elles ingurgitent du mélézitose, ce dernier cristallise dans leur tract intestinal, entraînant leur mort. C’est la raison pour laquelle il est dangereux de laisser du miel de miellat dans les ruches en hiver.  

 

Notons enfin que le miellat est une nourriture récoltée non seulement par les abeilles mais également par de nombreuses autres familles d’insectes : Zoebelein (1955) en cite seize dont la famille des fourmis (Formicidae)  chez qui une seule colonie de fourmis des bois (Formica rufa)  peut transporter en une saison la quantité énorme de 450 à 500 kg de miellat, soit l’équivalent de 90 à 100 kg de sucre sec.

 

 

 

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